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 Descente aux enfers...? [PV Gabe]

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Ethan Miller

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MessageSujet: Descente aux enfers...? [PV Gabe]   Ven 11 Sep - 16:24

L'automne. Douce saison aux couleurs rougeoyantes et aux tons parfumés de sous-bois. Signe du lent passage d'un été chaud à un hiver froid et sec. Temps de la rentrée des classes...
Le professeur Miller s'était levé d'excellente humeur. Le directeur avait renouvelé son contrat dans l'établissement – le professeur de littérature titulaire faisant toujours l'objet de soins intensifs dans une clinique psychiatrique spécialisée. Personne ne savait ce qui avait pu plonger le pauvre homme dans une telle dépression. On parlait de schizophrénie à tendances violentes, de crises de paranoïa... Personne ne comprenait. Ethan, lui, avait sa petite idée sur le sujet. L'une des choses qui l'enthousiasmait d'ailleurs à l'idée de passer plus de temps à l'école du Dahlia Noir.

La journée s'était déroulée sans heurts, et il dispensait son dernier cours de l'après-midi. Il abordait les grands classiques de la littérature en compagnie des élèves de quatrième année. Un véritable instant de bonheur pour lui, puisqu'il pouvait se permettre d'approcher en leur compagnie des œuvres bien plus profondes, tant dans la qualité de l'écriture que dans la philosophie et les croyances de l'auteur.
La Divine ComédieDivina Commedia, voire Comedia tout court, pour les intimes. L'un des textes qui avaient fasciné l'adolescent qu'il avait été. Oeuvre majeure, tant elle fut considérée comme l'un des plus grands écrits de la littérature italienne, en posant les fondements mêmes, mais aussi et surtout le miroir du christianisme et de son interprétation.

« ...ainsi dans les chants seize et dix-sept, l'on peu constater que sont relégués dans le troisième giron du septième cercle des enfers les intellectuels, les sodomites et les violents par nature. Que faut-il en penser ? Sans doute l'auteur tient-il à nous mettre en garde contre le trop-plein de savoir à l'égard de Dieu. N'oubliez pas l'histoire d'Ève qui mordit le fruit de la connaissance. Ceci est clairement considéré contre-nature par l'Église, à l'égard de l'acte de sodomie, qui va à l'encontre même de la procréation, seul but du coït d'après la religion chrétienne... »

Miller pris le temps de respirer une seconde. Il ne pouvait s'empêcher d'être enthousiaste lorsqu'il enseignait, même s'il en arrivait parfois à manquer d'air. Mais fouiller dans les textes, chercher la signification de chaque mot, le but exact de son emploi, les nuances de l'auteur...puis les partager avec son auditoire... Il n'y avait rien de plus jouissif pour lui. Excepté peut-être...Enfin pratiquement rien de meilleur que cela.

« ...Les violents ne sont guère épargnés, et particulièrement ceux qui l'ont été envers eux-même, comme l'on peut le noter dans le chant treize. Vous êtes en effet sûrement étonnés de constater que les coupables de suicides se retrouvent dans le deuxième giron du septième cercle, c'est-à-dire juste avant les âmes que je vous ai citées précédemment. L'auteur nous confirme ici l'un des fondements du christianisme : votre corps et votre âme ne vous appartiennent pas. C'est à vous d'en prendre soin lors de votre passage sur terre, mais vous serez puni ou récompensé en fonction de ce que vous en aurez fait. D'où l'intérêt de suivre à la lettre la doctrine dictée par l'Église, ce qui lui a assuré une main-mise sur les peuples et les états durant plusieurs siècles... »

La sonnerie retentit soudainement, le faisant presque sursauter. Rares et fugaces petites contrariétés de ses journées, ces sonneries qui rythmaient invariablement le bal des élèves.
Il soupira légèrement et reposa ses notes sur le bureau.

« Bien, nous en avons donc fini pour aujourd'hui. Pour le prochain cours j'aimerai que vous finissiez de lire les chants dix-huit à trente, c'est-à-dire l'évocation des trompeurs et leurs déclinaisons. Nous en parlerons en détail. Si vous avez des questions, n'hésitez pas à venir me voir : j'ai un peu de temps maintenant, sinon vous me trouverez dans mon bureau mardi et mercredi après dix-sept heure. »

La moitié de sa classe s'était déjà littéralement évaporée dans les airs.

* L'impatience de la jeunesse... *

Cela ne fit que lui arracher un imperceptible sourire. Il s'assit et commença à compiler ses notes pour son cours du lendemain, fredonnant un air étrange.

* Et si je sortais un peu moins aussi, après tout...? *

Histoire de fêter la rentrée ? Pourquoi pas : lui aussi savait s'amuser parfois !
Pris dans ses réflexions, le blond ne remarqua pas tout de suite la grande silhouette dégingandée, rongée par la timidité, qui s'approchait de lui à pas feutrés.
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Gabriel Ahmon

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MessageSujet: Re: Descente aux enfers...? [PV Gabe]   Ven 11 Sep - 22:39

Je prends soigneusement le livre entre mes mains, le faisant pivoter entre mes doigts afin de l’observer sous toutes les coutures, sous tous les angles comme s’il…comme s’il risquait de m’attaquer dans les prochaines minutes. Prudemment, je l’ouvre et le feuillette, prenant bien soin de ne froisser aucune page délicate ni d’en plier les coins. La Divine Comédie de Dante Alighieri. Je ne l’ai jamais lu. Le titre et l’auteur ne me disent absolument rien. Par contre, la description qu’en fait Éthan Miller me semble rassurante et convaincante : les thèmes et la nature même du livre sont d’excellents sujets à exploiter dans une œuvre d’envergure…Malheureusement, je ne comprends pas la moitié des explications fournies par l’enseignant.

D’une part, je me sens littéralement vidé de mon énergie et de l’autre, j’ai tendance à me laisser distraire par mon appareil photo disposé au centre du bureau, me toisant de sa lentille reluisante. Les paroles de Miller me parviennent par bribes de mots, puis résonnent comme des échos assourdissants dans ma tête. J’entends les termes sodomite, violent et Dieu. Une zone lucide de mon cerveau analyse l’information et me renvoie les données décryptées. Dieu est un sodomite violent ? Je fronce les sourcils, choqué par cette révélation absurde. Je m’imagine alors un vieil homme barbu, fripé et vêtu de sa nudité en train de…Mes yeux s’écarquillent de frayeur, ma bouche se pince douloureusement sous l’indignation d’une telle vision cauchemardesque et je m’efforce de disparaître derrière mes mèches de cheveux, avec l’espoir de dissimuler aux autres étudiants mon malaise et mes joues rouges.

-L'auteur nous confirme ici l'un des fondements du christianisme : votre corps et votre âme ne vous appartiennent pas, ajoute le professeur avec véhémence.

Lentement, je redresse le menton et fixe sur l’homme un regard impénétrable. Curieusement, cette petite phrase a immédiatement attiré mon attention pour je ne sais quelle raison. Maintenant, je l’écoute avec une attention soutenue, dévorant ses paroles avec avidité et empressement. Je me penche vers lui, comme si je voulais éviter de perdre un seul de ses mots bien que sa voix, profonde et chaude, s’élève dans la pièce et vibre intensément. Je déglutis avec peine.

Puis, j’ai une illumination.

Cet homme est incroyablement beau. Il ne répond pas à tous les critères de la société actuelle, mais il dégage une sorte de...de sensualité envoûtante. Je parcours aussitôt la salle des yeux et constate que toutes les adolescentes se pâment d’admiration devant un tel Adonis. Je reviens à lui. Ses longs cheveux blonds paraissent lisses et soyeux, remuant gracieusement à tout mouvement de leur propriétaire. Ses yeux bleus magnifiques pétillent de bonheur. Ses lèvres minces se retroussent à leurs commissures en un sourire discret et enjôleur. Il est parfait…Parfait pour la photographie. Ses traits sont polis et artistement bien sculptés. Sa peau est pâle et sublime, comme si elle avait été longuement astiquée.

Je me mords la lèvre, zieute mon appareil, examine le professeur…

La sonnerie retentit dans la classe. Les élèves sursautent discrètement, attrapent leurs manuels et s’enfuient en dehors de la pièce bien avant que Miller n’ait terminé son discours. Il semble contrarié de cette soudaine interruption, mais se ressaisit vite et salue aimablement ses étudiants. Rapidement, je me retrouve seul avec cet homme, occupé à fouiller dans de la paperasse. Qu’est-ce que je fais ? M’en aller est une bonne solution. Mais pourquoi ? Pourquoi rester ? Je l’ignore.

Je me dandine nerveusement sur ma chaise, tripote mon appareil, rassemble mes cahiers, mais je ne me décide pas à m’éloigner de cet endroit. Quelque chose me retient ici. Je suis déçu, je crois. Déçu que le cours se soit terminé sur cette note, se soit terminé tout court. J’appréciais la lancée sur laquelle était Miller, l’orientation que prenait son monologue. J’aimais bien entendre le son de sa voix, d’ailleurs. Toutefois, j’aimais davantage le considérer d’un nouvel œil afin de l’introduire dans mon art, éventuellement. Si bien sûr, ce projet pourrait se réaliser.

Je soupire. Je bondis sur mes pieds, attrape mes effets personnels et me dirige vers la sortie. Miller est toujours penché au-dessus de ses feuilles, ne me prêtant aucune attention. D’où je me situe, une partie de son visage est ombragé et l’autre éclairé par la vive luminosité de la pièce. Je prends une photo, rapidement. Puis, je me détourne et me traîne péniblement jusqu’à son bureau.

Miller relève la tête, surpris.

Et je lui dis quoi, moi ?

-Vous croyez à ce qu’il véhiculait dans son œuvre ?

Je lui désigne La Divine Comédie d’un geste vague de la main et évite tout contact visuel avec lui. D’ailleurs, je vérifie la distance qui nous sépare et recule même de deux pas, question de préserver mon périmètre de sécurité. Oh…vous croyez peut-être que je suis paranoïaque et légèrement fêlé, mais sachez que des rumeurs courent sur toutes les personnes séjournant dans cet établissement. Des rumeurs pas jolies-jolies. Et personnellement, je préfère me montrer prudent et méfiant que de laisser libre cours à ma naïveté.

-Je veux dire…Vos croyez que ces dimensions existent ? Que notre corps ne nous appartient pas ? Qu’est-ce qui vous fascine vraiment dans ce bouquin ? Pourquoi le catholique était aussi…

Je me tais brusquement, en proie à une espèce de panique grandissante. Pourquoi est-ce que je parle autant tout à coup ? Pourquoi est-ce que je suis nerveux ? Oh … je vais répondre à ces deux petites questions, mon très cher Gabe. Dès que tu ouvres la bouche, tu t’effraies et tu te mets à parler rapidement sur tout et n’importe quoi. Les gens t’intimident et te gênent. Ce ne sont que derrière la pellicule qu’ils te plaisent vraiment. J’acquiesce à ce raisonnement tout à fait plausible. Je suis pathétique.

-Oh…pardonnez-moi…Vous êtes sans doute occupé…Je vais vous laisser.

Inspirant profondément, je pivote sur mes talons avec la seule envie de me terrer dans un trou souterrain jusqu’à la fin de mes jours. Par chance, j’ai une image de cet homme. La première d’une nouvelle collection.
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MessageSujet: Re: Descente aux enfers...? [PV Gabe]   Sam 12 Sep - 5:23

Une fois la surprise passée ce fut un plaisir certain qui envahit le professeur, peignant un large sourire sur ses lèvres. Un élève avec des questions à poser ? Cela tenait presque du miracle, surtout en cette période de rentrée où les étudiants manquaient d'enthousiasme, nostalgiques qu'ils étaient de leurs vacances passées.
Et de miracle, c'en était bien un puisque l'élève en question n'était autre que Gabriel Ahmon, photographe attitré du journal de l'école, timide maladif à la limite de l'agoraphobie. Miller se demandait parfois comment il avait la force de sortir de son dortoir...quoique quelque chose lui disait qu'il s'agissait plus d'un problème de rapport à l'autre et à son corps que d'agoraphobie réelle...
Alors qu'il analysait la situation, sans se départir de son sourire, l'adolescent ouvrit soudain la bouche pour déverser un flot de questions à toute vitesse et sur un ton mal assuré.

* L'effort à l'air terrible pour lui. Le pauvre... *

Alors qu'il parlait, Ethan vit le jeune homme remettre un peu de distance entre eux, ce qui n'eut pour effet que de le faire sourire plus encore. Il se méfiait ? Soit. Gabriel se méfiait même de son ombre après tout...
Du moins c'était ce qu'il aurait aimé penser. Non, il n'était pas stupide, et il savait que partout où il allait certaines « rumeurs » finissaient par courir à son sujet. Mais il n'en voulait à personne : l'ignorance n'a rien à voir avec la méchanceté, et tout ceci était simplement provoqué par un manque de compréhension.

-Oh…pardonnez-moi…Vous êtes sans doute occupé…Je vais vous laisser.

Le professeur réalisa soudainement que son élève était littéralement en train de prendre la tangente. Pour une fois qu'un de ses étudiants – autre que les jeunes filles de son cours qui venaient régulièrement lui demander en gloussant s'il avait une fiancée – venait le voir, il ne comptait pas le laisser partir aussi facilement !

« Voyons Monsieur Ahmon, ne m'avez-vous pas entendu ? Il me semble avoir précisé que j'avais le temps de répondre aux questions. »

L'adolescent, sur le point de quitter la pièce, n'eut d'autre choix que de s'arrêter et de se retourner. Un enseignant s'adressait à lui après tout, et il aurait été impoli de s'échapper maintenant.
Le sourire de Miller se fit plus léger, même s'il ne s'en départit pas, et il passa machinalement une main dans ses cheveux, ôtant ses lunettes de l'autre pour les déposer sur le bureau.

« Vos questions sont légitimes, même si l'on s'éloigne de la simple étude de texte pour plonger dans mes convictions personnelles. En temps que professeur, je ne suis pas sensé les partager avec vous, et c'est donc en temps que personne à part entière que je vous répondrai... »

Ses doigts tapotèrent agilement le bois du bureau alors qu'il cherchait une tournure de phrase adéquate.

« Disons que je ne crois pas en un monde aussi manichéen que celui décrit dans l'œuvre d'Alighieri. En revanche, je pense qu'il existe des choses qui nous dépassent, qu'il s'agisse de Dieu ou du Diable, appelez-les comme bon vous semble. Mais je reste persuadé que cela est dû en grande partie à l'éducation que j'ai reçu. »

De là à affirmer tout haut qu'il croyait en la damnation, au Diable et aux démons en tout genre, qu'il pensait que l'on pouvait sauver certains êtres et pas d'autres... Non, certaines choses n'étaient jamais bonnes à dire.

« Ce qui me plait dans cette œuvre, c'est surtout de voir à travers ses lignes toute la philosophie d'un homme, un lettré, qui était pourtant profondément influencé par ses croyances. Cela en dit beaucoup sur l'esprit humain... »

Il s'empara de nouveau de ses lunettes, reposa les petits verres ronds sur son nez, et se pencha vers Gabriel, une lueur étrange dans le regard.

« Plus que tout le reste, je pense que c'est l'esprit humain qui me fascine. C'est sa complexité qui rend possible les comportements les plus absurdes, qui justifie des choses impensables. Je trouve ça magique, en quelque sorte. »

Miller se leva de sa chaise, abandonnant ses notes sur le bureau, et fit quelques pas dans la pièce, mains dans les poches, sans quitter Ahmon du regard. Puis il se figea.

« Et vous, Gabriel. Que vous inspire ce texte ? Vous met-il mal à l'aise ? Vous pousse-t-il à vous interroger sur des choses auxquelles vous n'auriez jamais pensé auparavant ? Ou bien vous laisse-t-il indifférent ? »

Ce dont il doutait. A sa connaissance, jamais La divine Comédie n'avait laissé quelqu'un sans réaction, malgré ce que certains pouvaient affirmer.

« Vous savez, certains écrits évoquent le sens de la vie de manière tout à fait étonnante. Je les aborde en cours car ils sont non seulement des monuments de littérature mais aussi et surtout d'un grand intérêt humain. Notre nature fait qu'à l'adolescence l'être humain se sent attiré par deux choses : le sexe et la mort. Ce qui peut paraître malsain ou dérangeant de prime abord, mais qui ne fait que démontrer un grand intérêt pour la vie elle-même... »

Il ne cessait d'observer Gabriel, ses moindres réactions à ce qu'il pouvait dire, et surtout la façon qu'il avait d'éviter consciencieusement de croiser son regard. Cela l'amusait, mais il n'en montrait rien.
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MessageSujet: Re: Descente aux enfers...? [PV Gabe]   Dim 13 Sep - 18:57

-Et vous, Gabriel. Que vous inspire ce texte ?

Je le fixe un instant, calculant l’espace libre entre nous deux. Subtilement, je recule encore. Je toussote nerveusement et me sens défaillir en constatant tardivement que la porte, seule issue de secours, se dresse majestueusement derrière Éthan Miller. Ma mâchoire se contracte. Je serre davantage mes manuels contre ma poitrine, m’en protégeant comme un bouclier indestructible. Malgré moi, je ricane. Si jamais cet individu devait s’approcher de ma personne et se montrer…en fait…s’il décidait que…Je secoue ma tête avec énergie et inspire profondément. Ce ne sont que des rumeurs malsaines, des propos éhontés sur un homme qui n’a probablement aucun terrible vice. D’ailleurs, je n’ai aucune preuve tangible que ses penchants pervers existent bel et bien…Et puis, je suis loin d’être la victime idéale…

Je déglutis. Misère. Je suis le stéréotype parfait de la victime. Faible, fragile, manipulable, impressionnable. S’il me plaquait contre un mur, contre le bureau, je ne résisterais pas longtemps…Mon cœur s’emballe. Je l’entends battre à un rythme saccadé et fou, battre si fort que je soupçonne Miller d’en percevoir les sourdes palpitations. Peut-être est-ce pour cette raison qu’il sourit…Il connait la nature de mon trouble et de mes pensées… Se doute-t-il un instant que je le crains, que je me remémore tous les ragots murmurés sur son passage, les coups d’œil éloquents de certains élèves…Préfère-t-il les filles aux garçons…? Mes pensées bourdonnent, fusionnent, se découpent. Je n’arrive plus à comprendre ce qu’il dit. Sa voix résonne dans ma tête, ses mots se répètent comme des échos amplifiés. Et son regard…Je le sens sur moi…À l’affût…Cherchant à croiser le mien…

-Je…je crois que ce texte me rend…mal à l’aise…exactement. Il…Il remet en cause des croyances que certains ont et d’autres pas. Et quant à moi…Je…Je m’interroge plutôt…à votre sujet…

Je me balance d’un pied à l’autre. Je me mords une lèvre, je me réfugie derrière le voile sombre de ma chevelure. Je me sens rougir. Je devrais sans doute ajouter quelque chose pour éclipser tout malentendu sur mes intentions qui sont, soit du en passant, d’une pureté inébranlable. Je ne pousserais pas ma curiosité jusqu’à cette étape de la connaissance. J’ignore comment je réagirais s’il devait me clarifier ses tendances. Je crierais et détalerais, voilà une possibilité des plus envisageables. Le photographier en flagrant délit s’avérerait intéressant, voire captivant pour alimenter ma collection d’images…

Il demeure muet et immobile. Sa respiration est à peine perceptible. Je risque un coup d’œil interrogateur vers l’enseignant, le découvrant dans la même posture que tout à l’heure, arborant le même sourire mystérieux et discret qui me fascine. Le type de sourire qui suppose bien des choses. Mais lesquelles ?

-Le sexe et la mort ne m’attirent pas, pas plus que la vie. Ce qui me passionne sont les expressions humaines que j’emprisonne et cadre dans une image. D’un certain point de vue, je suis comme vous : l’humain est une créature obscure et saisissante, et ses mystères sont attirants. J’explore des univers secrets derrière ma pellicule, vous à travers les mots…

Je me tais, légèrement embarrassé d’avoir dévoilé ainsi mon monde. Je frôle d’une main incertaine et tremblante mon appareil appuyé sur ma poitrine et le caresse tout doucement. Je n’ai jamais pris le soin de mon confier à une personne, qu’elle soit inconnue ou proche de moi. Je fronce les sourcils. Je me trompe. J’arrive à me détendre et à discuter avec deux personnes, uniquement. Katherine et Noäh. Je peux communiquer avec eux, leur partager des rêves et des espoirs et assimiler leurs renseignements. M’ouvrir aussi librement et facilement devant cet homme m’effraie. C’est probablement un pédophile sympathique additionné d’un homosexuel dépravé, mais il n’en demeure pas moins un spécimen intéressant à étudier, à examiner, à analyser.

J’inspire.

Je jette un coup d’œil en direction de l’horloge, vers la porte, puis vers le professeur. Je le dévisage un court moment avant de rabattre mes yeux au sol. J’humecte mes lèvres. Des paroles prononcées au commencement de cet entretient refont surface et rôdent tout autour de mes pensées, suffisamment proches pour m’agacer et m’obséder. Je me racle la gorge et m’arme de courage pour poser une autre question. J’ignore si elle trouvera une réponse dans cette pièce, dans ce local, avec cet individu cultivé et déstabilisant. Doucement, je relève le menton et rejette de côté mes mèches rebelles afin de mieux observer mon interlocuteur. Éthan Miller est toujours aussi paisible. Le dos droit, le visage souriant et énigmatique, l’air patient et rassurant.

Je soupire.

-Vous disiez…tout à l’heure que des forces nous dépassent…que ce soit Dieu ou le Diable…

J’hésite à poursuivre, craignant de me rendre ridicule face à lui.

-Vous faisiez référence aux évènements qui surviennent autour de nous sans qu’on ne puisse en proposer des explications logiques et rationnelles… ?

Je plisse les paupières. Mon cœur qui, jusqu’ici, n’a pas cessé de tressauter méchamment, s’arrête.

-Un peu comme ici ?

Maintenant, je dévisage intensément Éthan Miller. J’en oublie de respirer. Je ressens une folle agitation palpiter au creux de mon estomac.


Dernière édition par Gabriel Ahmon le Lun 14 Sep - 12:59, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Descente aux enfers...? [PV Gabe]   Lun 14 Sep - 7:44

L'adolescent se livrait soudain, sa voix toujours aussi mal assurée. Son malaise était clairement perceptible, mais en plus de cela il eut le courage de l'avouer tout haut. Quant à ses interrogations...ses coups d'oeil inquiets jetés tour à tour à Miller puis à la porte confirmaient son angoisse. Ce garçon avait donc bien eu vent de toutes les médisances traînant sur le compte du professeur.

* Misère... *

Pourtant ce dernier était parvenu à les éviter depuis son arrivée, l'année dernière, même s'il s'était rapidement retrouvé au centre de l'attention de ses collègues et élèves, tant de sexe féminin que masculin. L'effet de son charme naturel : à la fois atout et malédiction, puisqu'il lui attirait sympathie mais aussi jalousie...
Tout s'était déroulé dans le calme et la sérénité, loin des petits « ennuis » habituels, du moins jusqu'à la fin de l'année. Peut-être avait-il, sans le savoir, baissé sa garde. Son intérêt s'était de nouveau détourné vers sa quête, celle qui était devenu sa raison de vivre depuis quelques années. Et, plongé dans ses recherches, il avait de nouveau fait l'erreur de foncer tête baissée. Non, Ethan n'était pas aussi réfléchi qu'il y paraissait au premier abord. Surtout lorsque cela touchait de près ou de loin à sa « mission ».

Sans se laisser démonter, Gabriel avait repris la parole, se laissant aller à quelques confidences sur sa passion.

« La photographie...le miroir de l'âme dit-on. »

Le jeune Ahmon, dressant son appareil photo en bouclier, ne vivait donc qu'à travers les images. Il comparait cela à la passion de Miller pour les mots. Juste équivalence, à ceci près que le grand blond était bien plus dans l'application que dans l'intellectualisation, malgré ce qu'il laissait paraître. Mais c'était ce qu'il voulait que l'on voit de lui et, chaque fois que les gens s'en montraient persuadés, il n'en savourait que plus son habileté.

* Si tu savais, mon jeune ami, si tu savais... *

Son sourire s'élargit, dévoilant un émail d'un blanc éclatant. L'adolescent, cramoisi, la respiration difficile, piétinait presque le sol. Il finit par lever les yeux et, pour la première fois depuis le début de leur conversation, soutint le regard d'Ethan.

-Vous disiez…tout à l’heure que des forces nous dépassent…que ce soit Dieu ou le Diable…Vous faisiez référence aux évènements qui surviennent autour de nous sans qu’on ne puisse en proposer des explications logiques et rationnelles… ? Un peu comme ici ?

Grabriel le fixait à présent de ses grands yeux, semblant à la fois terrifié et en attente de quelque chose. Qu'avait-il voulu dire exactement ? Était-il au courant de certaines choses...?
Le regard du professeur se plissa légèrement. Il devait se montrer prudent. Pas comme avec la petite Christina, deux mois plus tôt...
A cause d'elle il s'était retrouvé dans une situation plutôt...compromettante. Tout cela pour une fausse piste, de surcroît. Mais comment aurait-il pu le savoir avant d'aller fouiller là où il n'aurait pas dû. Les risques du métier. La mystérieuse et non moins intéressante Mademoiselle Woodworth avait éveillé sa curiosité. Un coup d'oeil à son dossier scolaire avait révélé un comportement instable, parfois violent... Miller avait passé beaucoup de temps à l'observer de loin, lorsqu'elle traînait en compagnie de la petite bande du fils du directeur, ou encore lorsqu'elle pensait fumer en cachette dans les jardins. Patiemment, il l'avait filée. Elle faisait souvent le mur, passant une grande partie de ses nuits en ville. Au bout de quelques jours il avait dressé un profil : violente, lunatique, presque amorale, à la fois agressive et pourtant très sociable. Elle réunissait de nombreuses caractéristiques de la liste...
Finalement il avait réussi à la convaincre de venir le rejoindre dans son bureau un soir. Il lui avait dit vouloir lui parler de ses notes, de son avenir dans l'établissement. Toute rebelle qu'elle soit, la jeune-fille ne tenait pas à être renvoyée, et il le savait. Elle était venue, une lueur cynique dans le regard...

Le garçon l'observait toujours. Ethan reprit un air moins grave.

« Il y a, et il y aura sans doute toujours, des événements inexplicables. L'être humain peut se targuer de presque tout savoir, certaines choses dépassent nos connaissances et notre entendement... »

Les enfants du démon, ceux dont il essayait désespérément de sauver les pauvres âmes au détriment de la sienne depuis si longtemps, en étaient un exemple.
Il avait pensé Christina prisonnière d'une telle chose. Il la revoyait encore, le fixant avec une assurance sans bornes alors qu'il lui signifiait peu à peu qu'il l'avait faite venir sous un faux prétexte. Elle n'avait pas eu peur, et s'était contentée de lui demander les véritables raisons de sa présence d'un air détaché. Elle n'avait pas non plus réagi au contact de sa main, lui lançant simplement un regard menaçant. Non, il s'était trompé...elle n'était pas l'une des leurs. Ce dont elle était atteinte, Miller ne pouvait pas l'en délivrer...

Ses pupilles, un instant dans le vague, revinrent croiser celles de son élève.

« Qu'entendez-vous donc par « un peu comme ici » ? Seriez-vous confronté à certains faits qui vous dépassent ? »


Sur ce point il ne doutait pas : l'adolescent semblait dépassé par toutes sortes de problèmes, notamment ceux concernant l'acceptation de son corps, ses relations aux autres, la découverte de son identité. Ses petites confidences avaient permis à Ethan de se faire une idée précise sur le profil psychologique du jeune homme. Un être torturé par sa propre nature, érigeant une barrière entre lui et le monde, vivant par procuration à travers la lentille de son appareil. S'interdisant de vivre, tout simplement. Un esprit complexe, intéressant, pur par sa naïveté et pourtant si noir... Gabriel n'était pas mauvais, non. Le mal faisait partie de la nature humaine, et le garçon ne semblait pas en porter plus que la majorité de ses congénères. Mais à sa manière il était prédateur. Il fallait se méfier de lui.
Miller était d'ailleurs persuadé que si c'était Ahmon qui avait poussé la porte de son bureau et pas la petite Caffery, ce fameux soir, alors il aurait eu beaucoup, beaucoup d'ennuis. Qu'aurait-il capturé sur la pellicule ? Les larmes de Christina ? Les doigts d'Ethan sur sa peau marbrée de cicatrices ? Certaines choses ne devaient pas être vues, ne devaient pas être sues. C'était pour cacher les secrets que l'Homme avait créé les serrures. Lui pouvait porter le poids des autres, il avait consacré une partie de son existence à cela. Il avait damné son âme pour cela...

Mais son élève ne pouvait pas avoir posé la question par hasard. Il avait quelque chose en tête, et le professeur voulait savoir quoi.

« Je suis bien moins psychorigide que je n'en ai l'air, monsieur Ahmon. Et si vous souhaitez me parler d'une chose en particulier, même si elle peu sembler farfelue, je suis prêt à vous écouter. Cela restera entre nous, vous n'avez pas à vous inquiéter. »

Miller était plus sûr qu'une tombe, voire même qu'un prêtre en confession. Après tout, dissimuler était chez lui une seconde nature. Quoi de plus naturel lorsque l'on ne peut pas réellement montrer ce que l'on est aux autres ?
Tout le monde avait ses petits secrets...
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MessageSujet: Re: Descente aux enfers...? [PV Gabe]   Mer 16 Sep - 15:49

Silence.

Habituellement, j’aime le silence. Je me complais dans le silence, je me noie dans l’absence totale et absolue de fracas déstabilisants. Au dortoir, Noäh m’entend grogner dès qu’il hausse le volume de la musique, dès qu’il rigole et parle trop fort avec son cellulaire, lorsqu’il amène chez nous des filles en chaleur qui ne cessent de glousser, de s’esclaffer, de glapir et de produire tous les bruits écœurants inimaginables dans l’intention d’attirer le regard séduisant de mon colocataire. Parfois, je m’enferme dans la salle de bain, ouvre le robinet de la douche et m’affale dans un coin, soupirant d’aise et patientant jusqu’à ce que le silence retombe magiquement dans le petit appartement.

Oui, j’aime le silence. Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui, j’aimerais que cette voix mélodieuse remplisse à nouveau le local et s’exprime en un français parfait et soigné, qu’elle me raconte les pensées de cet homme pensif, mais qui me surveille avec une attention soutenue. Je suis prêt à parier mon âme au diable que j’ai appuyé sur une corde sensible, que j’ai capté tout l’intérêt du professeur en quelques paroles. Évidemment, ce ne sont que des paroles, au premier abord, insignifiantes, mais qui contiennent de larges et innombrables sous-entendus. Ou plutôt ce n’est qu’une question inoffensive qui pourrait bouleverser ma vie si jamais elle trouvait une réponse à toutes les découvertes glauques que je collectionne de mon arrivée à jusqu’ici.

Et à cette question, je réclame une réponse.

J’ai toujours été d’un naturel curieux, facilement obnubilé par une idée que je ne pouvais chasser de mon esprit. Dès qu’une interrogation franchit mon esprit, je ne l’oublie jamais, au contraire elle flotte à l’horizon, pas assez loin pour que je l’ignore ni suffisamment proche pour qu’elle me turlupine inlassablement. Cependant, elle demeure et tenace, ne disparaît qu’une fois ressentie en mon fort intérieur une bouillonnante satisfaction. Mon père détestait cette manie. Petit, je possédais cette même curiosité malsaine qui agaçait tant ma famille, mes proches et mon entourage. Je fouinais partout, je furetais d’un endroit à l’autre, j’espionnais, caché dans une penderie. On s’étonne que je coure aussi vite, qu’un ramassis d’os élancés puissent se mouvoir promptement : j’ai appris jeune à fuir le danger, évitant toute confrontation. Je coure vite, mais je me défends aussi bien qu’un aveugle dans un combat singulier à mains nues. Le corps à corps ne m’a jamais attiré.

Je frisonne.

La seule pensée de me retrouver plaqué contre un être malodorant, suant, soufflant comme un bœuf ; d’être pressé comme un pitoyable citron dans l’étau solide et indestructible d’une étreinte féroce et douloureuse ; d’être touché, maltraité me procure tout simplement la nausée. Et cette agression sur ma personne est bien moins atroce que des attouchements tendres ou brutaux d’un individu au regard lubrique. Je frémis. Juste ciel. Mon père m’a déjà envoyé deux jeunes femmes magnifiques dans ma chambre, l’année dernière. Deux prostituées qui se mirent se caresser devant un Gabriel Ahmon éberlué, puis s’entêtèrent à vouloir lui fournir des plaisirs voluptueux. Fidèle à lui-même, Gabriel s’est débattu, a paniqué, a giflé quelques joues, s’est retiré grâce à l’effet de surprise survenu chez les deux folles et s’est enfui de la maison familiale.

Mon père avait été mécontent de ma réaction. Je m’en souviens. Selon lui, un homme n’est pas un homme si celui-ci ne se sert pas de son outil performant envers une femme.

Je me secoue, étonné de m’être ainsi éloigné du moment présent, d’Ethan Miller et de son aura mystérieuse. Je parcours la salle de classe d’un regard abruti, me surprends à fixer sur Miller un regard curieux et avide. Je veux qu’il parle, qu’il me renseigne, qu’il me clarifie des sujets nébuleux.

« Il y a, et il y aura sans doute toujours, des événements inexplicables. L'être humain peut se targuer de presque tout savoir, certaines choses dépassent nos connaissances et notre entendement... »

J’acquiesce à son raisonnement. L’humain est aveugle et refuse de considérer attentivement ce qui lui pend au nez. Au final, on ne sait rien, parce qu’on ne cherche jamais bien loin. On se contente de ce qui se dit, de ce qui se produit de concret. On évite de réfléchir, d’approfondir notre pensée. Je pense à Nous les Dieux de Bernard Werber où l’homme subi plusieurs évolutions, ou du moins devrait subir. L’homme est au niveau trois et peut s’élever jusqu’au niveau quatre si sa spiritualité et sa sagesse sont complètes et vastes. Aujourd’hui, l’homme est nu niveau trois et ce, depuis le commencement du monde. Primitif, violent, animal. Il vit selon ses instincts, comme une bête plus évoluée mais qui lui reste du chemin à parcourir avant d’atteindre le summum de sa transformation.

«Qu'entendez-vous donc par « un peu comme ici » ? Seriez-vous confronté à certains faits qui vous dépassent ? »

Nous y voilà. La suite de cette conversation serait-elle une autre déception ou bien le dénouement à tant de mystères ? Ou bien, troisième option et de loin la plus terrifiante, le début d’une rude épreuve ? Je baisse les yeux au sol, incertain. Le contact visuel avec Ethan Miller me brûle l’âme, me rend vulnérable et fragile. Je m’empêche de trembler d’émotion, d’excitation, d’effroi. Tout est…troublant. La situation est farfelue, irréelle. Surtout lorsqu’il m’assure pouvoir supporter le poids de mes secrets. Je me mords la langue. Est-il sûr ? Mes découvertes sont ahurissantes, fantastiques, impossibles. Peut-être vaut-il mieux avancer à petits pas, ne rien brusquer, ne rien compromettre.

J’hausse enfin les épaules.

-Peut-être. Si, en fait, à bien des choses.

Je m’arme de courage et le gratifie d’un regard vif et rapide. Immobile, dans la même posture, il me regarde. Il attend. Je ressens un long frisson longer mon épine dorsale. Finalement, je devrais m’en aller. Oublier cette discussion. Filer avant que je dise des bêtises et qu’il me juge débile. J’hésite. Je balance mon poids d’un pied à l’autre.

Je m’humecte les lèvres, tout à coup nerveux. Mon cœur se débat sous ma cage thoracique et semble désirer jaillir de ma gorge avec une force prodigieuse. Cette même angoisse foudroyante qui me paralyse à toutes les fois où une personne me frôle.

-Je me suis toujours douté qu’il existait…des énigmes tapies dans l’obscurité, des secrets dissimulés depuis des générations…Quelque chose qui nous surpassait, nous les humains, et qui, du jour au lendemain, pouvait exploser et nous balayer. Cette conviction s’est approfondie avec…avec mes études ici. Je crois que…Eh bien que…

Je tâtonne l’un de mes cartables distraitement, puis je grimace. Entre mes mains, il me semble brûlant comme un tisonnier chauffé à blanc. À l’intérieur, il y a des images inédites. Des images percutantes, troublantes, inquiétantes. Malgré tout, des images fascinantes et qui laissent suggérer un univers complètement différent du nôtre, ou de celui que nous connaissons.

Je soupire. Je garde le silence un long, très long moment. Puis :

-Je crois que ne nous sommes pas seuls. Le ciel et l’enfer sont sur terre.

Encore une fois, je plonge mon regard éloquent dans celui de Miller, essayant d’y lire une quelconque agitation, une réponse.
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MessageSujet: Re: Descente aux enfers...? [PV Gabe]   Jeu 17 Sep - 7:37

Gabriel se passa la langue sur les lèvres, tentant de remédier à la sécheresse qui le submergeait, symptôme de son malaise grandissant. Mais il fut finalement plus courageux qu'il n'y paraissait et se décida à répondre, balbutiant tant bien que mal ce qui devait être pour lui une horrible vérité. Sa main s'aventura dans son sac et en sortit une sorte de dossier, ce qui n'échappa au professeur.

* Qu'as-tu donc vu, Gabriel ? De quels phénomènes as-tu été le témoin ? Quels moments incroyables as-tu capturés grâce à ton appareil ? *

Ethan sentait une certaine excitation le gagner. Ce jeune homme détenait des informations cruciales, il en était convaincu à présent. Bien entendu il continuait à se méfier de lui. Mais Ahmon avait été écarté de sa liste quelques mois auparavant. Et s'il s'était trompé et que tout ceci ne s'avérait finalement être qu'une comédie, un piège, il n'aurait qu'à régler le problème de manière...radicale. Dans le cas contraire il avait tout à y gagner. Mais il savait aussi que pour pouvoir le mettre en confiance et tirer de lui tout ce qu'il cherchait, il allait devoir faire quelques concessions...

-Je crois que ne nous sommes pas seuls. Le ciel et l’enfer sont sur terre.

La phrase qu'il attendait. Immobile jusqu'à présent, écoutant son élève dans un silence religieux, il se remit en mouvement, déambulant avec souplesse dans la pièce avant de s'arrêter de nouveau, cette fois bien plus près du jeune homme. Remontant ses lunettes du bout de l'indexe, il se pencha vers lui, son énigmatique sourire flottant toujours sur son visage.

« Vous vous attendez certainement à ce que je vous dise que vous êtes fou, n'est-ce pas ? »

Réaction logique, humaine, rationnelle. Mais Miller avait franchit les limites du rationnel il y avait bien longtemps, et seuls ses cours le rattachaient encore à la réalité tel que l'Homme la perçoit. Lui était allé bien trop loin pour en revenir totalement.
Lentement il se redressa et tira deux chaises vers lui, qu'il disposa face à face.

« Je vous propose de vous asseoir. Ce que nous allons évoquer risque de vous ébranler... »

...et de le faire passer comme étant bon pour l'asile. Mais, même si son élève ne tenait pas sa langue, ce serait sa parole contre celle d'un enseignant. Et personne ne voudrait croire les élucubrations d'un adolescent complexé.
Il laissa Gabriel prendre place et se dirigea vers la porte de la salle pour la fermer à clé. Oui, il s'enfermait avec un élève. Il s'agissait d'une chose allant totalement à l'encontre du règlement, d'une chose qu'il avait souvent fait, d'une chose qu'on lui avait reproché indirectement sachant qu'aucune faute n'avait jamais été prouvée. Mais les gens s'imaginaient toujours le pire...quoique dans certains cas il ne pourraient jamais rejoindre la réalité tellement elle était impensable pour eux.
Après avoir baissé les stores et allumé la lumière, il vint enfin prendre place face à un adolescent plus terrifié que jamais.

« Ne vous en faites pas, je m'assure simplement que nous ne serons pas dérangés. »

Que cela ne soit pas du tout rassurant pour une personne extérieure ne sachant pas le moins du monde ce qui se tramait dans sa tête, ça l'enseignant ne s'en souciait pas. Il avait autre chose en ligne de mire. Peut-être la première piste concrète depuis son arrivée. Il était tout simplement hors de question de risquer de passer à côté.
Il prit le temps de réfléchir, son regard plus sérieux et grave qu'à l'accoutumé. Puis ses yeux se portèrent sur Gabriel.

« Vous le savez peut-être déjà, mais il y a quelques années j'ai fait porter ma thèse de fin d'études sur les contes, mythes et légendes. C'est un sujet qui m'a toujours fasciné car, voyez-vous, je pense qu'il n'y a pas de fumée sans feu. Si l'homme a, de tout temps, écrit des histoires fantastiques, ce n'est pas seulement parce qu'il a un fort potentiel imaginatif...non. J'ai émis l'hypothèse que dans ces récits, les auteurs exorcisent comme ils le peuvent leurs peurs et leurs traumatismes. Mais aussi des choses dont ils ont été témoins et qu'ils ne peuvent expliquer... »

Miller fit une pause, laissant un court silence s'installer avant de reprendre.

« Vous avez vu quelque chose... Au travers de votre appareil, vous avez été témoin de quelque chose qui vous a porté à ces conclusions... »

Ce n'était pas une question. Il le voyait dans les yeux d'Ahmon. Quelque chose l'avait marqué.
Si Ethan disait que la photographie était le miroir de l'âme, c'est uniquement parce que sur l'argentique on ne peut cacher son regard. C'est le regard qui trahit ce que vous êtes réellement : il l'avait constaté en parcourant les albums de famille...son regard avait changé à cet instant précis, le jour où son colocataire était mort. Bien qu'il serait plus juste de dire qu'il l'avait tué...
Les plus doués peuvent mettre un voile, se dissimuler aux yeux des autres. Mais pas face à un objectif, jamais.

« Dans ma vie j'ai été témoin de choses dont vous n'imaginez même pas l'existence. Vous êtes très proche de la vérité lorsque vous dites que le ciel et l'enfer sont sur terre. J'enquête sur cela depuis plusieurs années maintenant.... »

Ce qui l'avait finalement conduit ici. On disait que le directeur avait fait entrer des démons dans l'école, qu'il les avait pris sous son aile. En était-il un lui-même ? Pour le moment Ethan n'avait aucune certitude là-dessus. De toute manière il fallait affaiblir le serpent avant de lui couper la tête. Et profiter, si les rumeurs s'avéraient justes, d'un regroupement en un même lieu. Même si l'idée d'un carnage ne faisait pas vraiment plaisir au grand blond...mais il n'avait jamais considéré sa mission comme agréable, il n'était pas aussi stupide.
Il se redressa dans sa chaise et adressa un sourire confiant à Gabriel.

« Qui sait, peut-être pourrais-je répondre à vos questions. C'est mon rôle de professeur après tout... »

Une pointe d'ironie.
Son sourire se dissipa.

« Montrez-moi ce que vous avez là-dedans. »

Il tendit la main vers le dossier sur lequel les doigts du jeune homme étaient crispés.
Ton ferme mais pas autoritaire. Il était temps que l'adolescent se jette à l'eau. Miller était sérieux.
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MessageSujet: Re: Descente aux enfers...? [PV Gabe]   Ven 18 Sep - 20:48

Le dossier.

Je ne l’ai encore jamais montré à quiconque, excepté à une seule personne…qui m’avait alors réprimandé sur mes conclusions hâtives et rembarré de belle manière. Devrais-je ouvrir le document, attraper les clichés et les étaler sur la table, à la vue de cet homme inquiétant ? Homme qui avait verrouillé la porte de la pièce. Ce petit point me chicote profondément. Je me trémousse sur mon siège, embarrassé par la tournure des évènements et honteux de l’acte auquel je m’abaisserai. Mes yeux tombent sur le dossier entre mes mains. Celles-ci tremblent légèrement et sont d’une teinte blanche laiteuse.

-Je ne sais pas si c’est une bonne idée…

L’année dernière, elle m’a supplié pour que je brûle ces photographies et que je les supprime de mon ordinateur. Cette sollicitude m’avait bouleversé et épouvanté. Détruire des images, les annihiler complètement, s’en débarrasser volontairement. Je ne pouvais le supporter. Je désirais les garder pour me prouver que mes réflexions avaient un sens, que je n’étais pas en proie à des hallucinations débiles et terribles. Mais elle m’a regardé avec cet air atterré, vide et à la fois implorant…Et j’ai cédé, j’ai consenti à sa requête avec regrets. Un sourire inattendu à illuminer ses traits, elle a déposé un baiser chaste sur mon front, m’a serré dans ses bras puissants et s’en est allée rapidement, me laissant perplexe, seul et désemparé. Lorsque je suis retourné au dortoir avec la ferme intention de me priver de ces photographies insensées, je les ai regardées une nouvelle fois et ce, pendant toute la nuit. Noäh dormait dans le salon, j’entendais sa lente et paisible respiration alors que moi, je paniquais, je suffoquais. Je n’avais qu’une envie : le réveiller et me blottir dans ses bras rassurants et pleurer comme une fillette éperdue.

Malheureusement, je ne suis pas une fillette éperdue, mais un personnage curieux qui a bafoué la confiance de cette femme. J’ai gardé les photos, les dissimulant dans un coffre cadenassé ou dans un dossier que je traîne sur moi en permanence. À l’intérieur, il n’y a rien de bien méchant, rien de révélateur, rien qui éclaircisse le mystère de cet endroit, mais apporte des précisions déconcertantes sur les faits inexpliqués qui se déroulent dans cette ville. Mes doigts pianotent sur le dossier. Je demeure songeur un long moment.

Devant moi, le professeur adopte une mine sombre et sévère. Des yeux bleus me dévisagent durement derrière ses petites lunettes. Il attend. Il attend avec impatience que je me jette à l’eau parce qu’il sait. Il est au courant. Il connait la vérité, la réponse à l’énigme. Et je la cherche, cette réponse, depuis tellement longtemps. J’ai entamé mes recherches à l’âge de treize ans, furetant, fouillant, espionnant. Maintenant qu’un individu étrange et charismatique se présente à moi, m’offrant son savoir en échange du mien, je m’affole et je tourne les talons ? Seulement, dois-je avoir confiance en lui ?

De toute façon, il est trop tard pour reculer : je suis allé trop loin.

J’inspire, je ferme les paupières quelques secondes, me concentrant sur les battements saccadés de mon cœur. Je l’exhorte au calme. Il se débat, bondit, gambade furieusement et se fige. Il est paisible, serein. Satisfait, je me secoue un peu et j’entrouvre le document. Je jette un coup d’œil professionnel aux images et en sélectionne quelques unes. Pour le moment, je n’ai pas encore assez confiance pour tout dévoiler, mais peut-être qu’avec le temps je trouverais la bravoure de tout lui partager. D’un autre côté, je tiens à obtenir des informations et non à les lui fournir. Je fronce les sourcils.

-Je vous les montre, mais vous vous chargez de m’expliquer par la suite, d’accord ?

Je ne tremble plus. Je n’ai plus peur. Des compromis, j’en fais à longueur de journée : j’y suis habitué. Alors, mon montrer impertinent ou légèrement agressif envers mon interlocuteur silencieux ne me trouble pas réellement. En fait, j’évite son regard comme la peste. Dans le cas contraire, je risque de balbutier et de rougir. En affaires, on doit être impitoyable et fort. C’est ce que prétend mon père. J’hausse les épaules et réprime un rictus. Mon père…

Je dépose sur une table des clichés. Les couleurs sont sombres, l’ambiance glauque, les éléments figés en une sorte de crainte mystique. La première illustre un arbre déchiqueté. Le tronc est lacéré comme si un animal monstrueux et gigantesque y avait passé les griffes. Des touffes de poil rude sont accrochées entre les lambeaux d’écorce. J’en ai décrochée une et l’ai gardée soigneusement dans mon coffret intime. La deuxième exhibe un animal mort, étendu dans l’herbe, dévoré et décapité. Ses entrailles sont répandues sur la terre et son estomac ouvert déverse un filet de liquide dégoûtant. Ce qui a tué cette bête n’était pas humaine…comme un animal monstrueux et indéterminé. La troisième est banale. Toutefois, il faut porter une attention toute particulière au buisson. Deux yeux…dorés…globuleux…conscients et intelligents qui lorgnent la lentille avec…, je m’humecte les lèvres, avec amusement, dirait-on.

Je me suis retrouvé à quelques mètres de la bête et j’ai eu peur, extrêmement peur. La chose ne m’a pas poursuivi. Je l’ai entendue gronder, tout doucement. J’ai reculé, j’ai trébuché entre des racines et j’ai galopé jusqu’à l’école. Par contre, ce n’est pas cette rencontre qui m’a si terrifié…mais l’impression que la chose était…avait une conscience, qu’elle me reconnaissait, que je la connaissais. Qu’elle pensait, réfléchissait…Qu’elle avait une âme.

Je frissonne. J’explique mon raisonnement au professeur d’une voix froide qui vacille un peu, mais qui ne démontre pas d’émotions.

-Qu’est-ce que vous en dites ? dis-je après un court laps de silence. Suis-je fou ou proche de la vérité ?
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MessageSujet: Re: Descente aux enfers...? [PV Gabe]   Sam 19 Sep - 18:43

Gabriel était en train d'hésiter et, sans mot dire, le professeur se contenta de l'écouter et de le laisser se débattre avec les doutes qui avaient envahi son esprit. Le pousser ne servirait à rien d'autre qu'à l'acculer au mur comme une bête traquée, et ce n'était pas l'effet que Miller souhaitait. Non, il fallait le contraindre avec douceur à prendre une décision qu'il penserait par la suite avoir prise de son propre chef. Là était l'art de la persuasion : agir avec finesse mais fermeté...une main de fer dans un gant de velours.

-Je vous les montre, mais vous vous chargez de m’expliquer par la suite, d’accord ?

Bien. Il venait enfin de faire un choix. Le sourire d'Ethan reparut, même s'il était légèrement différent de celui, doux et conciliant, qu'il arborait en permanence devant le commun des mortels. Ce sourire-là semblait plutôt accueillir son interlocuteur dans une sorte de cercle secret et très fermé, avec une pointe d'amertume cependant.

"Monsieur Ahmon, on ne peut guère refermer la boîte de Pandore pour tenter ensuite de faire comme si de rien n'était. Entendez par là qu'il serait stupide de ma part de vous laisser sans la moindre explication alors qu'à priori vous êtes déjà au courant de tout sans vraiment le comprendre..."

Car la seule barrière au savoir était l'acceptation des choses : c'était l'esprit qui protégeait l'Homme d'un trop plein de connaissance, et ce pour le bien de sa santé mentale.
L'adolescent avait mué, troquant sa peau de petit garçon effrayé contre celle d'un homme décidé. Ce fut d'une main sure qu'il déposa des clichés choisis sur le bureau, sous le regard enfiévré de Miller qui percevait toute l'essence contenue dans ces images incroyables. Gabriel commenta rapidement les photos pendant que le professeur acquiesçait à la manière d'un enfant qui a cent fois entendu le même conte et en connait déjà la fin.
Il fut subitement tiré de ses réflexion. Son élève lui demandait confirmation. Après une dernière caresse du bout des doigts accordée à la photographie de charogne mutilée dont les viscères se délitaient comme de la laine filée, le grand blond releva le visage pour poser un regard bleu glacial sur son élève.

"Vous rappelez-vous ce que je vous ai dit au sujet des légendes et des mythes ? Du fond de vérité qui existe en chacune d'elle ? Eh bien imaginez un monde insolite où le marchand de sable ou le croque-mitaine de votre enfance existeraient en chair et en os... Ce monde n'est pas le notre, mais il s'en approche."

Il fit une pose, le temps que Gabriel puisse correctement réaliser ce qu'il était en train de lui expliquer.

"Bien entendu les deux personnages que je vous ai cités n'existent pas, ou plus. Pour ces deux cas, après maintes recherches, il se serait agi de tueurs d'enfants ayant existé à certaines époques. De simples hommes. Mais certains de ces mythes partagent notre univers."

Ethan prit le cliché sur lequel on pouvait percevoir deux pupilles luisantes au travers d'un buisson.

"Vous avez raison : ce que vous avez croisé ce soir-là n'était ni un chien ni un loup. C'était un humain. Tout du moins en partie."

Il ne put retenir un soupir.

"Je ne sais guère si nous devons croire en l'existence de Dieu ou du Diable en tant qu'entités à part entière. En revanche s'il y a bien une chose dont vous pouvez être sûr, c'est que l'âme existe. Cette âme représente l'essence d'un être. Si elle disparait, l'être meurt. Si elle est modifiée, l'être en est changé lui aussi. Ce que vous avez vu, c'est un humain d'ont l'âme est maudite. Il est soumis à sa malédiction, soumis à un démon qui tire sa puissance de l'astre lunaire, et qui lui fait commettre l'irréparable, ne l'en souillant que plus. Ce que vous avez vu, c'est un loup-garou."

Le mot était lâché. Loup-garou, lycanthrope, werewolf, versipelle, volkodlak, vukodlak... Les termes variaient en fonction des régions, mais l'horreur de la situation restait la même.
La première fois qu'il en avait entendu parler, il avait ri. Des superstitions de bonnes femmes oui, mais rien de sérieux. Et pourtant il avait déjà vu et vécu pas mal de choses...hors du commun. Mais pour lui, ces histoires de loup-garou étaient à la limite du grotesque. Jusqu'à ce que...

"Tout comme vous j'en ai croisé. Et je peux vous dire que les victimes sont nombreuses sur leur passage. Certains regrettent ce qu'ils font, d'autres ne se souviennent de rien...et les pires prennent goût au sang."


Ethan les libérait de leur fardeau. Dans la mort ils ne souffraient plus, et ne pouvaient plus blesser personne. Mais se présenter en chasseur n'était jamais une bonne option, Miller l'avait appris d'expérience.

"Je me suis mis à les étudier de près après ma première rencontre avec l'un d'eux. C'est peut-être à la limite de l'inconscience, au vu de la dangerosité de la chose, mais ils viennent confirmer beaucoup de mes théories."

Et pourtant il ne pouvait les partager avec personne d'autre. Enfin, presque personne. Car il avait croisé la route d'autres chasseurs, une ou deux fois. Mais il ne se trouvait pas d'affinités avec eux.
Peut-être parce que les autres étaient de simples êtres humains en quête de justice alors que lui n'était qu'un monstre repentant...? Après tout il avait le sang d'innocents sur les mains.
Ethan mit quelques minutes avant de se rendre compte qu'il s'était tût et fixait sa main droite, prise d'un léger tremblement. Il se reprit aussitôt, changeant de nouveau du tout au tout.

"Vous n'êtes donc pas fou. Mais se rapprocher de la vérité, surtout de celle-ci, pourrait bien affecter votre santé mentale..."

Son sourire se fit plus triste.

"...j'en suis désolé."


Peut-être Gabriel allait-il se mettre à hurler. Peut-être resterait-il de marbre, pour finir par craquer dans une dizaine de jours, le temps de réaliser pleinement. Ou peut-être était-il déjà si déstabilisé que cette annonce ne serait finalement qu'une bonne nouvelle pour lui...
Personne ne pouvait savoir ce qu'il se passait dans sa tête.

* "Tuez-moi..." *

Même elle, qui n'était pas des leurs, lui avait fait cette requête. Il avait refusé bien entendu, et pourtant il n'était toujours pas certain d'avoir fait le bon choix... Il y avait certaines choses qu'il ne pouvait réparer.
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MessageSujet: Re: Descente aux enfers...? [PV Gabe]   Sam 19 Sep - 22:14

...

Un Loup-garou.

Ce mot vibre dans mon esprit, chatoie avec un tel éclat que j’en suis littéralement aveuglé. La surprise de cette annonce me couple le souffle, me bouscule sans crier gare, me saisit à la gorge et me secoue avec une férocité sans borne. Je ne suis pas étonné d’apprendre l’existence d’une race supposément fictive, je suis plutôt ravi de voir le tissu de mensonges qui m’obscurcit la vue depuis mes treize ans s’effondrer silencieusement. Je savais qu’il y avait quelque chose d’anormal dans cette école. Je savais qu’un secret était dissimulé entre les pierres des fondations. Je le savais. J’en étais certain. Pourtant, malgré cette révélation, je ne suis pas rassasié. J’ai encore faim. Je veux tout avaler, tout assimiler, tout digérer. Le goût de la connaissance est si délicieux, si chaud et voluptueux. Je veux que cette texture demeure sur ma langue, que je la préserve dans ma bouche aussi longtemps qu’il m’est possible.

-Un Loup-garou.

Ma voix est un murmure à peine audible. Elle est une caresse, une sorte de tendresse maternelle qui s’attarde amoureusement sur mes photographies. L’une de mes mains s’élève et se promène lentement au-dessus des images, les frôlant du bout des doigts. Ici, les yeux jaunes me fixent. Ils tentent de me retransmettre un message que son propriétaire ne pouvait m’envoyer. J’étais près d’une bête mythique. J’aurais pu repousser les branches et contempler, éberlué, cet animal gigantesque. Je fronce les sourcils. À quoi ressemblent-ils ? Sont-ils immensément grands et incroyablement musclés ? Ont-ils des canines protubérantes, tranchantes, menaçantes ?

Aussitôt, je vire mon regard en direction du professeur qui m’observe avec une sorte d’air…intrigué. Je m’humecte les lèvres et esquisse un sourire, mince et pâle d’abord, puis large et franc. J’imagine que mes yeux pétillent, qu’une fine couche écarlate recouvre mes joues tant je suis euphorique et excité. Je passe une main dans mes cheveux, signe d’agitation chez moi. Et la repasse, encore et encore jusqu’à m’immobiliser en plein élan. Je le regarde. Lui. Cet homme. Dès lors, il n’est plus un professeur douteux, mais un individu qui sait…qui a vu…qui comprend…Un individu qui ne me repoussera pas comme elle, qui ne m’éloignera pas de mes recherches. Au contraire, il peut m’apporter beaucoup de choses.

-Parlez m’en…, que je le supplie en me penchant vers lui. Qui sont-ils ? Que sont-ils vraiment ? D’où viennent-ils ? Que font-ils ici, si proche d’une école ? Comment les avez-vous découvert et depuis quand ? À quoi ressemblent-ils ? Quelles sont leurs forces et leurs faiblesses ?

Je parle vite, trop vite, si vite que Miller ne doit plus saisir un traître mot qui est propulsé hors de mes lèvres. Je me penche davantage, le frôlant presque. Nos visages ne sont qu’à quelques centimètres de distance. Je ne veux pas perdre une seule émotion qui traverserait ses pupilles bleutées – et perplexes ? – ni un seul trait expressif…Je veux tout capter, tout dévorer, tout engloutir au plus profond de mes connaissances. D’ailleurs, notre proximité ne me gêne pas…Je suis absorbé par cet homme, complètement pendu à ses lèvres avec l’espoir qu’un mot merveilleux en jaillira. Je me fous de sa réputation délirante, je me fous de la personne à qui je m’adresse ; tout ce qui compte, c’est l’information que cette personne peut me transmettre.

Je me sens fébrile, presque fiévreux. Je vis un moment exaltant. C’est aussi fabuleux que de dénicher un endroit sublime et magique pour exercer mon appareil ou de posséder un modèle compétent et imaginatif…Non…cette nouvelle est bien plus stimulante. Elle envenime ma détermination, elle me persécute, elle m’affame.

Des Loups-garous…

Je sursaute. Je tremble. J’ouvre le dossier brusquement. Il y a une image…Une…Image qui ne m’avait jamais satisfait, mais si je la retrouve…J’échappe un glapissement de joie. Je retire une feuille. Une photographie. Il y a une rivière. La lune, lourde et ronde, se reflète sur les eaux. C’est une petite clairière. Une chose velue est accroupie près de la rive et qui boit goulûment des lampées d’eau claire. Il faisait noir. L’image n’est pas tout à fait précise. Les rayons lunaires s’imprègnent dans un pelage blanc.

-C’est ça ?

Je la tends à Miller. Il la prend et l’examine.

Je trépigne d’impatience. Le bougre…Il prend tout son temps avant de répondre. Il ajuste ses lunettes, observe intensément l’illustration sans qu’aucune expression n’illumine son visage.

Et maintenant, qu’est-ce que je fais ? Je vais sortir du local et agir comme si j’avais oublié toute cette fascinante histoire ? Devrais-je la révéler ? Non…Non, je garde cette information pour moi, pour moi seul. Je pourrais faire une entorse à la règle avec Noäh et Kathleen…J’acquiesce. D’abord, j’enquête encore jusqu’à en user ma volonté et ma détermination, jusqu’à ce que je sois comblé par mes trouvailles. Par contre, je vais devoir être prudent et subtil si je veux mener à terme cet objectif : je veux connaître ces créatures.

Silence.

Un froid immense m’envahit soudain, me glace le sang. N’importe qui peut être un Lycanthrope. N’importe qui. Même un étudiant, voire quelqu’un de mon entourage … ?

-Dites, Monsieur Miller, que font exactement les…les Loups-garous ?

Ils commettent l’irréparable…Ils sont maudits…a-t-il dit...

Sont-ils bêtes ou humains ?

Je m’incline encore un peu, un tout petit peu.

Je veux tout savoir.

-Apprenez-moi…
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Ethan Miller

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MessageSujet: Re: Descente aux enfers...? [PV Gabe]   Dim 20 Sep - 9:28

Les expressions sur le visage de l'adolescent se mirent à changer, oscillant entre une joie incompréhensible et une excitation malsaine. Ainsi c'était déjà trop tard pour lui.

*Pauvre enfant...*

Ethan trouvait qu'il lui ressemblait au même âge. Pas à la façon de Mademoiselle de Lisse, par son intelligence tranchante et sa soif de connaissance, mais plutôt dans ce qu'il avait de plus malsain à l'époque, comme le goût qu'il avait alors pour l'ésotérisme et qui l'avait conduit à commettre des atrocités avec la conscience tranquille. Il en aurait presque frissonné. Gabriel était bien, sans le savoir, un prédateur : Miller ne s'était pas trompé là-dessus.
Il ne laissa rien paraître, se contentant d'attendre que son élève reprenne la parole. A présent il était penché vers lui, comme transcendé par ce qu'il avait entendu, toute prudence envolée, un flot jaillissant de questions aux lèvres. Mais avant même d'avoir obtenu une réponse, il fouilla de nouveau dans son dossier pour en sortir un autre cliché.

-C’est ça ?

Les pupilles de glace se fixèrent intensément sur l'image de cette bête au pelage blanc se désaltérant au clair de lune.

"Oui..."

Un pelage blanc ! Ces démons avaient pour teinte la couleur de leurs cheveux sous forme humaine. Soit celui-ci était très âgé, soit son avatar humanoïde avait les cheveux clairs. Il avait maintenant un indice supplémentaire : de telles personnes ne courraient pas les rues. Dans ses hypothèses les plus folles il pouvait même avancer un candidat en particulier...

*Alors mes doutes étaient fondés...*

Mais si tel était le cas il ne pouvait pas agir comme à l'accoutumée. Il allait devoir se montrer prudent et...

-Dites, Monsieur Miller, que font exactement les…les Loups-garous ?

Très lentement, le professeur releva son visage, pour se trouver à portée de souffle de Gabriel, dont le regard s'était voilé d'angoisse. Il leva la main droite pour effleurer le bas de la mâchoire du jeune homme dans un geste aussi doux que menaçant.

"Ils tuent..."

Sa voix était à présent basse, un murmure chaud dans lequel se mêlaient amour et dégoût.

"Leur instinct appelle au sang. Du sang humain, de préférence."

Sa main descendait à présent le long du cou de l'adolescent. Ses doigts s'arrêtèrent sur sa clavicule. Sa main gauche avait saisi l'image du cadavre et vint la coller sous les yeux d'Ahmon.

"Cette pauvre bête s'est trouvée au mauvais endroit, au mauvais moment. Mais il aurait pu s'agir de la petite dame qui tient l'épicerie, d'un enfant...ou même de vous."

Il voulait qu'il comprenne la monstruosité de ces bêtes. Qu'il se rende compte que seule sa bonne étoile lui avait permis d'échapper au danger. Que son enthousiasme à l'annonce qu'il lui avait faite était suicidaire. Qu'il n'était pas immortel.
Ethan se pencha plus avant, pour lui chuchoter au creux de l'oreille.

"Vous, moi, tous les autres... Nous ne sommes que des proies pour eux. Prenez-vous pleinement conscience de la situation ?!"

Il se recula, le relâcha, et croisa les bras sur sa poitrine en une attitude nonchalante qui tranchait avec la gravité de ses traits.

"Gabriel, rien de ce que je vous ai dit ne doit sortir de cette pièce. N'importe laquelle des personnes que vous côtoyez peut être l'un d'eux. Que pensez-vous qu'il se passerait si vous parliez à l'un d'eux de cette "fabuleuse découverte" ? Je vais vous le dire moi : au mieux la mort, au pire la damnation."

Car les démons qui n'avaient pas assez de compassion pour tuer leurs proies choisissaient de les transformer en l'un des leurs. Sort tellement plus terrible au yeux du professeur.
Ethan soupira, regardant fixement le jeune homme en silence pendant quelques minutes, puis reprit la parole.

"Soyons franc, vous y êtes jusqu'au cou. Et vous ne m'avez pas attendu pour cela. Ne serait-ce que le loup que vous avez pris en photo - il lui désigna le cliché du buisson - qui doit vous surveiller de loin depuis ce fameux soir. S'il s'apercevait d'un changement de comportement quelconque..."

...alors le pire pourrait se produire. Pour Miller c'était déjà un miracle que Gabriel soit toujours en vie après avoir été témoin de tant de choses.

"Moi-même j'ai pris un risque en acceptant de vous parler aussi franchement. Si je l'ai fait c'est uniquement parce que j'avais toute les raisons de croire que vous n'êtes pas l'un d'eux."

Et aussi parce que même s'il s'était trompé il lui aurait suffit de l'éliminer. Mais ça il se garderait bien de le lui dire...

"Vous devez garder à l'esprit que vous êtes en possession d'un savoir terrible et extrêmement dangereux. Le divulguer ne pourrait avoir que deux conséquences : soit on vous croirait et cela provoquerait une panique générale et totalement incontrôlable qui pourrait avoir des conséquences dramatiques, soit, plus probable, on ne vous croirait pas et on chercherait à vous faire interner. Et dans les deux cas vous mettriez tous les démons au courant, ce qui n'aurait pour seule conséquence que de mettre votre tête à prix."

Ethan se leva soudainement et se retrouva derrière le siège du jeune homme en moins de temps qu'il n'en fallait pour qu'il puisse réagir. Alors qu'il reprenait la parole, il enserrait le garçon de ses bras fins mais étonnement puissant, le gardant prisonnier sur sa chaise.

"Je ne sais pas si vous souhaitez vivre longtemps, mon cher Ahmon, mais moi si. Et il est hors de question que vous compromettiez ma présence ici par un accès d'enthousiasme aussi inutile que stupide."

Il était si proche du jeune homme qu'il sentait le rythme de ses battements cardiaques et de sa respiration, ses cheveux bruns lui chatouillant légèrement le nez.

"J'ai été dans votre situation et je me rappelle avoir agi sans réfléchir. Vous n'aimeriez pas la suite, je vous prie de me croire sur parole. Ceci vous paraît-il clair ?"

Menace ? Conseil ? Un mélange des deux ? Miller lui-même ne le savait pas vraiment. Il se trouvait dans l'urgence. La sécurité, la discrétion. Sa vie entière était basée là-dessus. Il avait accordé sa confiance à Gabriel, mais si ce dernier la trahissait alors il n'hésiterait pas. Non, il ne laisserait pas un gamin compromettre le travail d'une vie. Même s'il ne souhaitait pas en arriver là.
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MessageSujet: Re: Descente aux enfers...? [PV Gabe]   Lun 21 Sep - 11:58

Loups-garous. Démons. Meurtres. Cadavres. Miller. Secrets. Danger. Savoir. Ignorance. Miller…Ses bras.

Je sens son buste pressé contre mon dos. Ses longs bras solides qui m’entourent. Son cœur qui bat, doucement, calmement, comme si la situation n’agissait sur lui qu’en quiétude étonnante. Son cœur qui vit sur le mien, qui se moque de mes palpitations frénétiques, qui le considère avec curiosité et amusement. Son souffle…Je sens la chaleur de sa respiration se faufiler dans ma chevelure puis venir mourir sur les vallées aigues de mon visage osseux. J’en ai des frissons, terribles et puissants, qui parcourent mon corps inlassablement. Je tressaillis. Je sens également son odeur, douce et musquée à la fois…une odeur riche et virile. Et son corps…contre le mien dégage une surprenante chaleur comparée à l’ambiance glacée qui nous enveloppe de ses pans froids.

Il est tout près, si près…Je déglutis, j’essaie de contrôler les tressautements spectaculaires de mon cœur, en vain. Des dizaines, des centaines, des milliers d’images et de pensées me traversent l’esprit, m’assiègent, me dominent, m’accablent et font bouillonner en moi des émotions de panique, de résignation, de colère et de crainte. Je me sens nauséeux, malade, faible. J’aimerais porter une main à mon front, recouvert d’une fine pellicule de sueur froide, mais je n’ose bouger ni même remuer ne serait-ce qu’un doigt. Le contact de Miller m’enlève toute mobilité, tout désir de me mouvoir…Je suis figé dans cette posture, surpris et effrayé…

-Je ne sais pas si vous souhaitez vivre longtemps, mon cher Ahmon, mais moi si. Et il est hors de question que vous compromettiez ma présence ici par un accès d'enthousiasme aussi inutile que stupide.

Un grand vide se creuse à l’intérieur de moi. Mon cœur s’émiette, s’effiloche, se déchire en lambeaux. J’acquiesce faiblement. J’avale ma salive avec difficulté. Je me sens livide. Je comprends Ethan Miller…Je comprends les sous-entendus qu’il m’adresse, je saisis rapidement et avec un certain effroi grandissant. Il veut mon silence. Certes, je n’aurais pas l’absurde idée de toute raconter à quiconque…et puis, je n’ai pas terminé…Il me reste encore bien des choses à découvrir.

Miller me prévient, me conseille d’être vigilant et prudent, que je risque plus que ma vie dans cette quête fantastique. Et c’est peut-être cet aspect de la chose qui m’excite autant, qui me fascine et me passionne. Miller n’a fait qu’alimenter ma curiosité…Et maintenant que je sais, ce savoir me donne un atout considérable…Malheureusement, Miller ne semble pas vouloir me renseigner davantage sur ces bêtes, il s’entête à me souligner le danger de la situation…Peu m’importe que les Loups-Garous soient méchants, cruels et barbares…je veux tout connaître…

Et d’ailleurs…pourquoi est-ce…que…

Je bondis sur mes pieds, me dégageant brusquement de cette étreinte chaude et perturbante et affronte mon professeur dans un contact visuel incertain. Je l’examine. Je plaque contre ma maigre poitrine le document. Je recule de quelques pas. J’ai les joues en feu. Ma mâchoire et mon cou me brûlent, le souvenir des caresses de Miller sur ma peau me fait frémir…Ces caresses douces sont si différentes des paroles troublantes qu’il a prononcé au creux de mon oreille.

Je suis…embarrassé. Les rumeurs étaient-elles vraies ? Est-il…A-t-il…avec…Aime-t-il…Je me secoue et me maudis silencieusement. Je ne suis pas ici pour éclairer ce sujet délicat, mais pour…pour collecter des informations plus urgentes. Mais maintenant, autre chose attire mon attention…ou plutôt une personne…Lui. Que fait-ici ? Pourquoi a-t-il choisi de travailler ici, une école de Loups-garous, bestioles qu’il ne semble ne pas apprécier ni même tolérer…Les a-t-il découverts ici même…Non, il m’a confié posséder ce savoir depuis…son adolescence…

Je fronce les sourcils, je pince les lèvres. Je ne comprends pas la moitié de ce qu’il m’a murmuré…La suite ? Pourquoi ne l’aimerais-je pas ? Que va-t-il se passer ? Qu’est-ce qui va m’arriver…Cette dernière question, je la mentionne à haute voix sans m’en rendre compte. Et je la répète une deuxième fois comme si…comme si mon cerveau refusait d’anticiper le futur, comme s’il ne croyait pas qu’un danger pouvait survenir et me rayer de la carte…Encore une fois, je dévisage Miller, penché au-dessus de la chaise sur laquelle j’étais assis quelques instants plus tôt. Ses deux yeux indéchiffrables me vrillent le crâne.

-Comment avez-vous réagi, à mon âge… ?

Je brûle de lui demander ce qu’il est, ce qu’il est au plus profond de son être, ce qu’il est derrière ce masque aimable et bienveillant de professeur de littérature. Quels évènements ont marqué sa vie, avec quels outils a-t-il été façonné…Qui est précisément Ethan Miller ? Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à le cerner complètement… ? J’ai envie de lui poser toutes ces questions…mais il est trop tôt. Il ne me répondra pas. Je le sais. Il se méfie encore de moi.

-Qu’avez-vous subi que vous n’avez pas aimé ?

N’empêche, je ne peux résister à la tentation…ces paroles sont expulsées malgré moi de ma bouche par une force divine. J’aimerais m’approcher une fois encore et planter mes yeux dans les siens. Mais si je fais quelques pas dans sa direction, va-t-il encore me tripoter ? Une imperceptible grimace me tord les lèvres. Et je reste immobile, dévorant Miller du regard. Ce dernier s’est redressé lentement et a croisé ses bras sur sa poitrine.

-Qu’est-ce que vous avez vu ?

Ainsi, on me surveille peut-être… Ne serait-ce que le loup que vous avez pris en photo qui doit vous surveiller de loin depuis ce fameux soir. Le croit-il vraiment ? Suis-je une sorte de cible, de proie ? Chose incroyable, cette pensée me stimule…Un léger sourire flotte alors sur mes lèvres, retroussant les commissures de ma bouche. Soyons franc, vous y êtes jusqu'au cou. Oui, j’y suis jusqu’au cou. J’ai franchi la barrière. Je ne peux plus reculer maintenant, je ne peux qu’avancer. Au risque d’être une victime à la toute fin…
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MessageSujet: Re: Descente aux enfers...? [PV Gabe]   Lun 21 Sep - 17:04

L'adolescent, un instant prisonnier, sembla tout à coup réaliser dans quelle position il se trouvait et, à la manière d'un lièvre qui se serait fait happer par les phares d'un camion sur une route de campagne, il bondit littéralement hors de l'étreinte de Miller qui le laissa filer. Libre, mettant une nouvelle distance de sécurité entre eux, le souffle court et le cœur battant, recroquevillé sur ses images insolites, Gabriel resta un instant à le fixer d'un regard incertain, le rouge aux joues. Ethan ne put réprimer un sourire légèrement cynique : le jeune homme se fascinait pour des choses qui le dépassaient alors qu'il était effrayé par ses propres sensations, à la manière d'un nouveau-né à peine sorti du berceau.

*Pathétique.*

Mais une légère transformation s'opéra et sa langue se délia. Il voulait en savoir plus, toujours plus. Sur les loups. Sur Miller. A quoi pensait-il ? Croyait-il réellement qu'il lui donnerait de telles réponses ? Était-il assez naïf pour cela ?
Le professeur ne dit mot, le laissant aller au bout de sa pensée pour qu'ensuite le silence s'installe dans cette pièce qui se trouvait à présent saturée d'une tension palpable. Puis, de son éternel geste de la main il remit ses lunettes et ses cheveux en place.

"Pourquoi vous répondrais-je, mon cher Gabriel ? Seriez-vous seulement capable de comprendre le moindre de mes mots ? Avez-vous ne serait-ce que l'expérience, le vécu, pour appréhender cela ?"

A la manière d'une poupée de cire, le visage du grand blond ne montrait aucune émotion. Lisse, froid, son léger sourire accroché aux lèvres, seul son regard dénotait de l'image parfaite qu'il composait pour les autres. Le voile de la tromperie y flottait en permanence et rares étaient ceux qui décelaient son petit manège tant il jouait son rôle à la perfection. Parfois il le retirait, laissant à ceux qui en étaient témoins l'horrible vision de la vérité. Non, Ethan n'était pas ce gentil trentenaire enthousiaste absolument charmant bien qu'un peu ennuyeux lorsqu'il vous rebattait les oreilles de citations de ses auteurs préférés. Cette "personne" était le professeur Miller. Ethan lui, le vrai, était un serpent. Un reptile calculateur au raisonnement implacable. Une chose qui avait un but et surtout rien à perdre. Une chose qui vivait en parallèle dans cette enveloppe charnelle, à l'insu de son entourage. Une chose qui avait causé sa perte. Mais aussi une chose qui lui permettait d'accomplir la tâche qu'il s'était donnée.
Avec une lenteur délibérée il s'avança de nouveau vers Ahmon, le fixant comme s'il cherchait à le transpercer du regard.

"Je pense que vous êtes déjà au bord du précipice, mais ce n'est pas pour moi une raison suffisante pour vous y pousser."

Il se trouvait à présent à portée de bras du jeune homme. D'un mouvement vif, il pointa le cœur de Gabriel de son index, de manière très appuyée.

"Vous êtes sur une pente savonneuse. Et il y a de nombreuses choses qui vous attendent en bas : eux, la mort, et moi."

Très lentement il laissa sa main retomber.

"Nous ne faisons pas partie du même univers, monsieur Ahmon. Et si j'avais un conseil à vous donner, ce serait de tout oublier et de retourner à l'insouciance de votre adolescence...
il laissa planer un silence avant de reprendre... Malheureusement c'est impossible. Vous naviguez entre deux eaux, et il ne tient qu'à vous de changer de cap. Pour votre bien."

Miller recula d'un pas, puis fit demi-tour, ramassa ses dossier sur le bureau comme s'il ne s'était rien passé, et se dirigea vers la porte. Là, la main en suspens au-dessus de la poignée, il s'arrêta un instant et tourna la tête vers l'adolescent.

"Si par malheur vous finissiez par tomber, vous pourrez toujours venir me rencontrer à nouveau. Mais jusque-là je vous prie de mettre tout cela de côté... Oh ! J'allais oublier : ils sont faibles face à l'argent."

Il leva sa main droite à l'annulaire de laquelle brillait son imposante chevalière.

"Bonne soirée, monsieur Ahmon. Pensez à lire les passages pour le prochain cours."

Le faible écho du cliquetis de la clé dans la serrure fut tout ce qu'il resta de la présence du professeur dans la salle de classe quelques instants auparavant...
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MessageSujet: Re: Descente aux enfers...? [PV Gabe]   Mar 22 Sep - 21:35

Pensez à lire les passages pour le prochain cours ?

Qu’est-ce qu’il raconte ?

Je cligne des paupières, l’air hébété.

-Mais…Monsieur Miller…attendez !

Suppliant et désespéré, je tends les mains vers le dos d’Ethan Miller. Dos qui disparaît rapidement, sans hésiter, sans se retourner…La porte se referme. Il n’est plus là. Mon dossier et mon sac sont tombés sur le sol. Des dizaines de photographies se sont éparpillées sur le carrelage blanc. Je peste. Je jure. Je marmonne entre mes dents toutes les imprécations virulentes que mes oreilles ont perçues tout au long de mes...quinze ans. Certes, un charretier se moquerait de mes exclamations colorées, mais j’estime tout de même que mon vocabulaire est tout à fait grossier.

C’est donc avec une langue acérée, les poings sur les hanches, le regard défiguré par un rictus sévère que je balance mon pied droit sur le bureau du professeur. Ce bureau se personnifie en le professeur Ethan Miller. Blesser ce bureau équivaut à mutiler impitoyablement Ehan Miller. Ce bureau de bois innocent devient un exutoire à toute ma colère qui menace d’éclater à tout moment. Je suis indigné…complètement courroucé ! Pourquoi ce malade sexuel se tait-il autant ? Oh oui, malade sexuel ! Peut-être croit-il que je n’ai pas remarqué sa façon de me frôler, de me presser contre son torse ferme ? Je ne suis pas aussi stupide, pas aussi naïf pour croire que c’était des…des attouchements inoffensifs…Oh misère…J’ai mal à mon pied.

La gorge nouée, les yeux humides, les lèvres pincées, je boîte jusqu’à mes clichés, les réceptionne avec hargne et les introduis brutalement dans le document. L’une des images attire mon attention. C’est la bête…une sorte de loup massif, calme et paisible qui se désaltère au clair de lune. Je fronce les sourcils.

Ils sont faibles face à l’argent, murmure une voix onctueuse au creux de mon oreille.

Hérissé, j’enfonce le tout dans mon sac et sors de la classe à grandes enjambées. Dans les couloirs, je ne croise personne ou très peu d’étudiants. À l’extérieur, le soleil est mort. Une douce noirceur rampe sur les pierres de l’école et nous enveloppe. Je m’immobilise. Le croissant de lune est pâle et translucide.

Des Loups-garous. Des créatures de la nuit. Des bêtes soumises au cycle lunaire.

Demain, j’entame mes recherches. Internet, recueils de nouvelles, récits fictifs. Je redouble d’attention vis-à-vis mes congénères. Et je vais garnir mon dossier, avec ou sans l’aide d’Ethan Miller.

C’est donc d’un pas traînant et claudiquant que je sillonne les galeries de Black Dahlia, sursautant à toutes les silhouettes qui se profilent dans mon champ de vision. Mon coeur s'affole.

D’ailleurs je me permets de maudire affectueusement mon professeur de littérature, question d'orienter mes pensées effrayantes vers un sujet plus...apaisant.

Je le maudis...

Parce qu’il m’intrigue.

Parce que je le hais.

Parce qu’il sait.

Parce qu'il est.



TERMINÉ ...
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